Éric Furlan photographies

Tokyo-Sakura

Du ciel perpétuellement voilé aux façades de béton brut, tout est gris à Tokyo, comme le ruban anthracite des autoroutes suspendues dans les airs ou les rivières ténébreuses qui s’écoulent lentement au creux des canaux en ciment. C’est l’environnement dans lequel s’affairent les employés de bureau en costume ou en tailleur gris invariablement revêtus de trenchs beiges, le décor dans lequel les écolières en jupes plissées et blazers sombres vaquent à leurs occupations.

Pourtant la capitale de l’Est n’a rien de monotone. C’est même un joyeux chaos. Un dédale de ruelles bordées de petits immeubles aux formes et aux matériaux variés que surplombe une canopée de fils et de câbles. Les constructions sont légères et la ville ne craint pas d’exhiber ses entrailles. Ainsi répare-t-on efficacement les dégâts causés par les secousses quotidiennes et interviendra-t-on rapidement dans les décombres de la prochaine destruction. Car à tout moment un séisme peut anéantir Tokyo, une vague peut submerger la mégalopole et le feu de son voisin nord-coréen réduire une nouvelle fois la capitale en cendres.

En attendant la prochaine apocalypse, la ville se renouvelle comme un organisme vivant. Lors de la floraison des cerisiers – les sakuras –, un voile de pétales enveloppe les parcs et les avenues. Alors pour célébrer le retour du printemps, le temps d’un pique-nique ou d’une kermesse, les Tokyoïtes se muent en adorateurs d’Uzume, esprit shinto de la joie et de la gaieté.


Photos prises à Tokyo en mars-avril 2017