Éric Furlan photographies

En observant Bergerac depuis le ciel, les corbeaux peuvent distinguer un vaste rectangle gris qui longe la voie ferrée. C’est le cimetière Beauferrier. Une fois au sol, les volatiles ne s’avancent guère vers les rangées de croix qui dépassent des murs de la nécropole. La grande parcelle présente peu d’attraits pour leur existence aviaire.

Déserté par les vivants de toutes les espèces, le cimetière est par trop minéral. L’impeccable tapis de gravier est exempt d’ornières comme du moindre brin d’herbe. À l’exception de quelques cyprès, l’absence de végétation limite les ressources nécessaires à l’existence d’une quelconque faune. Seules les anfractuosités des tombes anciennes pourraient abriter dans leurs recoins humides un peu d’humus et les substances organiques propices à la vie. Mais il n’en est rien. Le cimetière Beauferrier demeure à jamais un univers de pierre résolument stérile.

Pourtant, le principal lieu d’inhumation du sud de la Dordogne recèle des richesses insoupçonnées. Un monument dédié au courage malheureux rend hommage aux insurgés polonais de novembre 1830. L’ornementation de tombes semblables à des mausolées rappelle combien les bourgeois du XIXe siècle aimaient afficher leur notabilité jusque dans leur dernière demeure.

Érodés par la pluie et par le vent, cisaillés par la chaleur ou le froid, certains sépulcres oubliés ont fini par se briser. Les tombeaux les plus misérables ont des airs de pierre brute et semblent revenus à leur état naturel. Les plus grandioses sont désormais nimbés d’une aura gothique et sont parés du charme des ruines.